Des anges au Musée des Arts et Métiers ?

Près de trente ans après sa création, le Générateur poïétique va être présenté pendant quelques jours au Musée des Arts et Métiers dans le cadre de l’exposition « Des histoires d’art et d’interactivité », où il sera mêlé aux grandes inventions qui ont marqué l’histoire des sciences et des techniques. C’est un bon moment pour préciser le sens que je donne à cet OVNI numérique, né à l’époque du Minitel, aujourd’hui accessible à tous via mobile, et dont l’image réalisée par ceux qui y participent est projetée en temps réel dans certaines villes (dont Paris dans le cadre du festival Futur en Seine et de cette exposition – 11-14 juin 2015).

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Pour préciser le sens que j’attribue au Générateur poïétique, je suis obligé de parler à la première personne. Si « je » m’exprime ainsi, ce n’est pas parce que j’ai la prétention d’être l’auteur génial et insupportable de cette chose. C’est paradoxalement parce que ladite chose n’a pas vocation à être accaparée, mais au contraire à être partagée comme un bien commun.

Toutes ces années m’ont donné le temps de ciseler et d’épurer le concept du Générateur poïétique et sa mise en œuvre. J’ai résisté à bien des tentations de le transformer en un produit commercial, comme ces « jeux massivement multi-joueurs » ou les « réseaux sociaux » qui valent aujourd’hui des milliards. Cela n’aurait pas été trop difficile d’en faire l’un de ces produits car il en constitue un modèle et il les a précédés de vingt ans. Au lieu de cela, le Générateur poïétique a gardé sa forme nue, sa simplicité, sa liberté et sa transparence.

Pourquoi ? Et bien, trente ans plus tard, je vais vous le dire : le Générateur poïétique n’est pas là pour capter l’argent, le pouvoir ou la renommée. Non, le Générateur poïétique est un révélateur d’ineffable ; un capteur d’anges !

Chacun le sait, les anges s’expriment en général dans le silence, lorsque qu’un contact subtil s’opère entre plusieurs êtres – humains ou non – ; lorsque l’espace d’une seconde éternelle, ils partagent le sentiment d’être reliés, de faire partie de la même espèce, de la grande famille du vivant et même du cosmos tout entier. Ceux qui un jour ont croisé un ange savent que l’expérience laisse sans voix. D’un seul coup, la vie prend un sens.

L’idée de convoquer les anges ne date pas d’hier. C’est une grande vanité que de vouloir le faire car les anges ne nous obéissent pas. Ils fuient les bavardages et le tumulte. Ils ont donc bien peu d’occasion de surgir dans notre désert industriel. Cependant, les anges sont partout de manière latente et rien n’interdit de penser qu’ils boudent définitivement nos constructions technologiques où il est toujours question de performance, de productivité, de vitesse, mais jamais de sens.

Annonciation, Sandro Botticelli – 1485

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Le Générateur poïétique propose donc une sorte de réceptacle pour accueillir les anges qui pourraient s’exprimer par notre intermédiaire. Il prend la forme d’un réseau sur lequel chacun peut intervenir de manière anonyme en dessinant avec tous les autres présents au même instant. L’expérience montre qu’il arrive que des anges s’y manifestent de manière impromptue. Leur présence annonce peut-être qu’il y a ici une piste pour qu’enfin notre technologie fasse sens ?

Entre le 11 et le 14 juin, où que vous soyez sur la planète, vous pourrez essayer avec patience de faire apparaître des anges dans le Musée des Arts et Métiers !

Olivier Auber

Le Générateur poïétique @ Musée des Arts et Métiers, Paris

Le Générateur poïétique sera diffusé en temps réel au Musée des Arts et Métiers, Paris, dans le cadre d’une exposition historique sur le Netart pendant la semaine « Futur en Seine », du 11 au 14 juin 2015.

Commissaires : Stéphane Natkin, CNAM Paris ; Anolga Rodionoff & Jean-Marie Dallet – Université Paris 8

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Des histoires d’art et d’interactivité
Exposition 11 au 14 juin 2015
Musée des Arts et Métiers – 60 rue Réaumur – Paris 3e
http://www.futur-en-seine.paris/projet/des-histoires-dart-et-dinteractivite/

Si le numérique traverse actuellement quasiment tous les secteurs d’activités, du travail aux loisirs, pour s’étendre au domaine de la culture, il a été très tôt investi et exploré par les artistes. Dès les années 60, les expérimentations de ce qu’on appelait les machines cybernétiques puis, plus tard, les machines à communiquer, ont été menées par les artistes. L’informatique, qu’on préférait au terme numérique, n’était pas encore identifiée à la révolution ni non plus comme l’une de ses premières marches. De telles machines ont ainsi excité la curiosité comme l’imaginaire des artistes.

L’exposition dévoilera les questionnements de quelques artistes et certains de leurs dispositifs qui y répondent ; elle montrera alors que ce sont moins les images, les sons ou les textes qui mobilisent leur intérêt que la relation et les échanges ; des relations auxquelles ils donnent forme comme le souligne Jean- Louis Boissier. Ce travail sur la relation qu’autorisent les technologies informatiques et qui marque la singularité de l’art dit numérique n’empêche pas que certains artistes s’y soient très tôt intéressés sans pour autant explorer ces mêmes technologies. Tel est le fil qui soutient le propos de l’exposition à travers une sélection d’œuvres.

A la fonction critique d’une telle mise en perspective des œuvres s’ajoutent les vertus heuristiques de ces pratiques artistes parce que celles-ci pensent en les montrant certains des enjeux liés au développement et à l’omniprésence des technologies informatiques, quand ne font pas philosophie, comme l’écrit, Anne Cauquelin. Une telle mise en récit nécessairement orientée dévoile enfin l’importance, dès les années 70, de certains lieux propices à ces expérimentations, et en particulier du centre expérimental de Vincennes.

Des lieux qui ont favorisé ces dernières en les inscrivant dans un temps long, lequel temps les a préservées des effets de mode et les a éloignées de la logique souvent agressive de l’offre et de la demande. Des lieux dans lesquels des filiations esthétiques se sont construites peu à peu et qui ont ensuite essaimé un peu partout à travers le monde occidental. La mise en situation des œuvres sera aussi l’occasion de moments de résonance avec les inventions telles qu’elles sont mises en scène, au sein du musée des Arts & Métiers.

Les œuvres présentées font ainsi écho au phonographe, à la photographie, au télégraphe de Chappe ou encore à la mise en œuvre des réseaux de télécommunication.

Artistes présentés : Olivier Auber (Le générateur poïétique, France), Jean-Pierre Balpe (ROMANS [roman], France), Samuel Bianchini (Keywords, ENSAD, France), Maurice Benayoun (Emotion winds, Paris 8/Citu- City University of Hong Kong/School of Creative Media, France/Chine), Jean-Louis Boissier (Album sans fin & Mémoire de crayon, Paris 8, France), Jean-Louis Boissier & Jean-Marie Dallet (CD-Rom La troisième biennale de Lyon, France), Michel Bret (3D Anyflo, France), Alexandre Castonguay (AGIT P.O.V., Atelier-Performance, Uqam, Québec), Edmond Couchot & Marie-Hélène Tramus (La Plume, Paris 8, France), Luc Courchesnes (Portrait N°1, Québec), Dominique Cunin (Book Tales, ENSAD, France), Jean- Marie Dallet (Le voyage N°3, Paris 8, France), Jean Dubois (Zones Franches, Uqam, Québec), Piotr Kowalski (CD-Rom Information Transcript/MIT<->Lyon, US), Muntadas (The File Room, US), Cécile le Prado (Vocatifs, Cnam, France), SLIDERS_lab [F. Curien, J.-M. Dallet] (Topomovies, France), Gwenola Wagon (World Brain, Paris 8, France).

Digital Blood

Le Générateur Poïétique sera au Festival International de Littérature Électronique OLE.01, Palais Royal de Naples, Italie, entre le 8 et le 31 octobre 2014.

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« Digital Blood », est-ce à dire que notre sang serait amené à devenir numérique ? C’est en première approximation  la question posée par Olivier Auber à travers une installation en réseau qui prend la forme d’un reliquaire robotique connecté au monde.

Les Napolitains comprendront l’allusion : depuis six siècles, ils célèbrent tous les ans dans plusieurs églises de la ville, le miracle de la liquéfaction du sang de San Gennaro, mort au début du IVe siècle. Un reliquaire contenant quelques gouttes de sang prélevées sur le saint, est présenté à la foule qui, chaque fois, attend son verdict : selon que le sang apparait liquide, ou bien desséché, c’est une bénédiction ou au contraire un sombre présage pour toute la communauté.

Comme le reliquaire de San Gennaro, Digital Blood propose une expérience à laquelle tout le monde peut participer, que ce soit dans l’exposition, ou bien depuis n’importe quel point de la planète. Via un smartphone, une tablette ou un ordinateur, chacun peut se connecter à http://poietic.net pour dessiner avec tous-ceux qui sont connectés au même instant : l’image de l’interaction collective de tous les participants s’affiche en temps réel sur le reliquaire Digital Blood présenté dans l’exposition. Cette image est aussi disponible partout et chacun peut l’observer et la projeter comme il le désire. Elle est d’ailleurs diffusée en permanence dans divers lieux, à Paris, Bruxelles, Londres, et bientôt Bombay, Bamako, Hong Kong, etc.

Ainsi, instant après instant, chacun pourra voir si nous agissons ensemble comme une communauté humaine (liquide), ou bien si nous nous comportons comme des agents absents, ou indifférents les uns aux autres (desséchés). Digital Blood pose ainsi une question prospective : si nos échanges sont amenés à être effectués un jour exclusivement par l’entremise des technologies, serons-nous encore humains ?  Ou bien serons-nous devenus des robots ?

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Olivier Auber est artiste et chercheur indépendant, membre du groupe
de recherche de la P2P foundation, affilié au laboratoire Evolution, Complexity and COgnition (ECCO) de la Free University of Brussels (VUB) et au Global Brain Institute

Contact : olivier.auber@vub.ac.be
Blog : http://poietic-generator.net
Image live : http://live.poietic-generator.net
Site du festival : http://www.olefestival.it

Agenda de l’automne 2014

Le Générateur Poïétique participera aux événements suivants :